Posté par  Jean-Paul le  12/05/2009 15:47:17
Sujet : Crise de l'Eglise
Je souhaite ajouter en complément au très complet texte de Xavier sur la crise cette lettre de l'Antenne sociale de Lyon au Cardinal Barbarin:

Lyon, le 7 avril 2009


Père Philippe Barbarin
Evêque de Lyon



Bonjour,

Ces temps troublés au sein de notre Eglise catholique vous ont probablement apporté un lot de courriers important. Nous voudrions, au nom de l’Antenne Sociale, y ajouter, un peu à distance, nos réflexions et nos attentes.

De façon paradoxale ces affaires - Williamson, Sobrinho, sida - nous appellent à redire, en Eglise, ce qui anime notre action. Au cœur de l’Evangile Jésus appelle d’abord à prendre en compte les pauvres et à ne mettre en perspective la loi que dans cette optique. Le dogmatisme et le légalisme ne riment pas avec l’Evangile. Et ceci bien sûr nous amène à regretter vivement, en ces affaires précises, les positionnements du pape et de l’évêque Sobrinho.

Nous sommes inquiets et percevons des risques. Ainsi de telles affaires occultent aujourd’hui le travail que nombres de chrétiens, en responsabilité ou non dans l’Eglise, mènent dans le monde auprès des pauvres, des malades, œuvrant avec eux pour lever les injustices sociales, promouvoir la santé, la préserver.
De façon particulière et visible dans le voyage africain du pape, naît un risque, celui d’occulter la valeur du message même du pape, que nous appuyons avec vigueur, sur la promotion d’une sexualité maîtrisée, sur l’amour humain comme une chance pour l’humanité… En nous proposant de tels horizons le pape s’honore et honore le message que nous portons tous au nom de l’Evangile, mais ce qu’il a dit du préservatif va à l’encontre de son intention. Le préservatif est un des moyens de prévention, certes insuffisant mais néanmoins indispensable vis à vis d’hommes et de femmes qui, pour des motifs divers et respectables, n’entrent pas dans la radicalité exigeante du message du pape. Des moyens efficaces, clairement soutenus par le magistère, doivent accompagner les dynamismes de vie de l’amour humain : respect du partenaire, ouverture à l’autre, éducation familiale, protection de la santé…
Un autre risque. Dans ce voyage le pape a dit des paroles fortes sur la nécessaire démocratie, sur la corruption de certains dirigeants, sur l’intransigeance des institutions internationales, sur la place éminente des femmes dans l’évolution de l’Afrique... Dans ce continent si économiquement éprouvé et si souvent oublié, ces paroles étaient attendues par nombre d’africains qui ne veulent ni ne peuvent se restreindre aux seuls impératifs d’une morale sexuelle. Mais dés lors comment de tels accents peuvent-ils être entendus avec l’écho médiatique nécessaire ? Quelle chance le pape donne-t-il à ses propos tout autant qu’à celles et ceux qu’il veut justement valoriser dans leur action ? « L’Eglise, experte en humanité », selon la belle phrase de Paul VI ; alors nous croyons que, pour le successeur de Pierre, être pasteur demande de privilégier un enseignement attentif à l’humain, dans ses chances et dans ses pesanteurs, ses pauvretés, et donc de dire dans un même souffle les horizons d’amour et les contingences du chemin

Même risque encore. Nous sommes dans l’attente une encyclique sociale du pape. Personne – et c’est d’ailleurs regrettable en terme de réelle prise en compte de la vie du monde – ne sait ce qu’elle dira. Mais quand bien même des choses admirables y seraient dites, aujourd’hui, compte tenu de cette occultation induite par ces affaires, on ne peut qu’être pessimiste sur l’audience qu’un tel texte pourra avoir. Il ne sera pas apprécié pour lui même mais pour celui qui l’aura produit. En cela le pape dessert sa mission tout autant qu’il entrave le travail des chrétiens. C’est ce qu’en régime chrétien on appelle une faute contre l’esprit.

Bien sûr nous ne pouvons pas en rester à la seule dénonciation de la contradiction de la morale catholique officielle entre une pensée sociale qui prône l’autonomie responsable et une pensée de l’individu réitérant des tabous sur tout ce qui touche à la sexualité. Avec Vatican II, justement redynamisé en ces temps troublés, des catholiques de plus en plus nombreux ont compris que cette autonomie responsable s’étendait à la totalité de leur vie personnelle dans ses dimensions individuelles autant que collectives.

Il faut donc rapidement un débat dans l’Eglise pour sortir des contradictions de cet enseignement moral qui perd toute crédibilité. Le travail de réflexion que vous nous proposez dans le cadre du projet sur 3 ans autour des thématiques « corps, âme et esprit », doit produire de l’idée qui repense des textes comme Humanae Vitae. Aussi, en Eglise, le débat doit-il être libre dans nos communautés avec l’aide de théologiens et en lien avec nos évêques, mais aussi s’ouvrir à des perspectives de débats, de positionnements nouveaux et de décisions collectives entre évêques en lien avec le Pape. Nous devons cela aussi à nos sociétés comme nous étions nombreux à le dire, le vivre, lors des dernières Semaines sociales ici à Lyon.

Père, nous nous adressons à vous dans votre mission d’évêque parmi nous, mais nous comptons aussi sur vous dans vos fonctions de membre de la Conférence des évêques de France et du collège des cardinaux, conseil du pape.


Dans le partage de la prière, fraternellement






Luc Champagne
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