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nounTémoignage au retour du voyage à Erbil

 

Les 6 et 7 décembre dernier, une délégation lyonnaise est allée à la rencontre de nos frères chrétiens d'Irak réfugiés à Erbil. Pascal Lefebvre, diacre à Neuville, était du voyage et nous livre ici son témoignage.

Pour plus d'infos, vous pouvez consulter aussi :

le site du jumelage : http://lyonmossoul.fr/
le site erbilight : http://www.erbilight.org/
la vidéo du message adressé à nos frères par le pape François : les roseaux de Dieu

 

Pendant l'été 2014, les chrétiens d'Irak ont reçu un ultimatum de la part des Islamistes, occupant la zone sunnite du centre de l'Irak, pour leur demander de choisir entre trois options : se convertir à l'islam, payer une taxe spéciale réservée aux chrétiens ou fuir. La mort attendait ceux dont la maison était marquée de la lettre « ن », la lettre arabe Noun signifiant « Nazaréens », c'est-à-dire les chrétiens qui n'auraient pas fait leur choix avant l'expiration de l'ultimatum.
Un exode massif des chrétiens persécutés s'en est suivi, emportant tout ce qu'ils pouvaient dans leurs voitures et fuyant vers le nord en zone autonome Kurde. Malheureusement, pour la plupart, au passage à la frontière, ils ont dû tout abandonner aux islamistes sous la menace des armes, pour finir à pied le reste du trajet avec pour seul bagage leurs vêtements.
C'est dans ce contexte que, fin juillet 2014, le Cardinal Philippe Barbarin décida d'aller visiter les chrétiens réfugiés à Erbil. Accueilli sur place par Monseigneur Sako, patriarche de l'église Chaldéenne et par l'évêque de Mossoul, Mgr Barbarin décida de jumeler les diocèses de Lyon et de Mossoul jusqu'à ce que les chrétiens puissent retourner dans leurs maisons. Il s'en est suivi un élan de générosité et de prière. La fondation Saint Irénée, la ville Lyon et sa communauté urbaine ainsi que la fondation Mérieux ont acheminés des aides pour compléter les soutiens d'autres œuvres déjà présentes sur place telles que l'Aide à l'Eglise en Détresse (AED) ou l'Œuvre d'Orient.

En Novembre 2014, le Cardinal Barbarin forma le projet de retourner sur place avec une délégation plus nombreuse du diocèse pour : visiter les chrétiens réfugiés et les assurer de notre solidarité, faire le point sur les conditions d'accueil, l'utilisation des dons et les besoins sur place, médiatiser le voyage pour attirer l'attention de l'opinion publique sur la situation dramatique des chrétiens persécutés au moyen orient et enfin prier en communion en vivant ensemble la fête de l'immaculée conception qui est, pour notre diocèse, un temps fort où nous remercions la vierge Marie d'avoir protégé la ville de Lyon d'un grand péril.
Le voyage eu lieu du 5 décembre au soir au 7 décembre au soir et organisé avec beaucoup de soin par la fondation St Irénée. Le Cardinal Barbarin ayant suggéré qu'un diacre du diocèse se joigne à la délégation, je me suis porté volontaire et ai eu le privilège de faire partie du groupe. Au total, nous étions 90 personnes ; 70 représentants du diocèse de Lyon et une vingtaine de journalistes : AFP, TF1, France 2, Euronews, La Croix, RCF, KTO, Radio Vatican, Rome TV, une chaine américaine, Pèlerin, sans oublier les jeunes chargés du site http://www.erbilight.org/. Le voyage fut annoncé uniquement deux heures avant le décollage de notre avion, pour des raisons de sécurité.

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Que dire de la situation observée sur place ? A leur arrivée dans la province du Kurdistan irakien, les réfugiés, au nombre d'environ 400.000, parmi lesquels 50.000 chrétiens sont arrivés à Erbil, ont été entassés dans des abris de fortunes : des tentes de l'ONU, des salles publiques telles que gymnases ou écoles, des églises, etc. Grâce à tous les dons récoltés, les œuvres présentes sur place ont pu abriter en dur un certain nombre de familles qui ont donc quittés ces dortoirs géants.
erbil2Il faut bien dire « abriter » et non pas « reloger », tant la situation reste précaire. Dans un camp, des baraquements ont été installés. Dans un autre c'est l'ossature d'un immeuble en construction qui a été mise à disposition pour cloisonner en toute hâte une pièce par famille mais les travaux sont encore en cours et il est urgent de terminer avant le plus fort de l'hiver pour installer tous ceux qui sont encore sous tentes. Un supermarché désaffecté a été récupéré lui aussi pour être cloisonné mais le bâtiment n'est pas fermé de telle sorte que les réfugiés n'ont pour seul toit qu'une bâche du Haut-commissariat aux réfugiés pour les isoler du froid.

Chaque famille a une pièce d'environ 15 m² pour 5 à 7 personnes dans une promiscuité totale. Le décor est à peu près identique dans chaque cellule : un coin cuisine où les casseroles s'entassent tant bien que mal pour la journée et pour ceux qui ont la chance d'avoir du gaz, quelques caisses pour mettre les affaires que la maman range inlassablement et une pile de matelas pour la nuit.
Pour des raisons d'hygiène, les sanitaires et les points d'eau sont à l'extérieur mais dans certains camps, il n'y a pas l'eau courante alors ce sont des camions citernes qui viennent remplir les cuves. De la même manière, l'électricité manque. Le responsable d'un camp nous explique qu'il faudrait un groupe électrogène au moins 3 fois plus puissant pour donner de l'électricité à tout le monde.
Tout manque et il est difficile de savoir ce qui est prioritaire. Les enfants sont complètement désœuvrés et courent dans tous les sens ce qui transformera rapidement ces camps en zone de délinquance si la situation s'éternise. La priorité, c'est probablement les enfants dont il faut s'occuper de toute urgence : construire des écoles, installer des jeux de plein air, organiser des activités éducatives.

Il faut saluer l'action des organisations qui ont déjà permis d'accomplir beaucoup, mais la tâche est loin d'être terminée. Tout cela nécessite des moyens importants. Tous les dons sont les bienvenus à travers les organismes tels que l'AED, chrétiens d'Orient ou la fondation Saint Irénée qui fait parvenir les fonds issus du jumelage entre Lyon et Mossoul via le site http://lyonmossoul.fr/ .
Bien évidemment, la plupart des réfugiés n'ont pas de travail et c'est surtout l'oisiveté qui règne. On occupe son temps par les activités de survie : aller chercher l'eau, contacter les responsables du camp pour faire acheter des médicaments, rechercher des petits boulots, se procurer la nourriture du jour, regarder la télévision ou écouter la radio pour ceux qui ont la chance d'en avoir une, appeler un membre de la famille qui a pu fuir à l'étranger, etc.
Les journées sont surtout faites d'attente. Une attente qui est interminable. Pour les uns c'est l'attente du retour à la maison quand les islamistes auront été chassés. Pour les autres c'est l'attente de l'exil car ils considèrent que la persécution des chrétiens n'est pas simplement le fait des islamistes et que la vie avec les musulmans n'est plus possible. Une maîtresse d'école nous explique en pleurant que cela fait 40 ans qu'elle vit l'enfer de l'insécurité.
Si certains musulmans souhaitent chasser les chrétiens hors d'Irak et plus généralement de tout le Moyen-Orient comme le souligne le Pape François, d'autres au contraire considèrent qu'il est indispensable que les chrétiens restent sur leur terre millénaire car ils contribuent grandement à la paix dans cette zone où les musulmans s'entre-déchirent.

Les sunnites irakiens, anciens supporters de Saddam Hussein, ont accueillis avec bienveillance les islamistes pour se venger contre les chiites qui gouvernent l'Irak. Ce pouvoir qui a été mis en place après la guerre d'Irak de 2003 a beaucoup méprisé les sunnites. Les islamistes, quant à eux, entretiennent l'idée que tout l'Occident est entièrement chrétien et que par conséquent les chrétiens sont responsables de la situation puisque c'est eux qui sont venus faire la guerre en Irak. Ils assimilent cette guerre à une sorte de « croisade », afin de susciter un désir de vengeance chez bon nombre de musulmans. Pour un oriental, en effet, il est impossible d'imaginer une personne sans religion. Tous les problèmes de notre monde occidental, qu'il s'agisse de scandales politiques, de problèmes économiques, les problèmes de mœurs, la discrimination, sans compter le problème israélo-palestinien alimentent chez ceux qui écoutent les islamistes, l'idée que l'Occident est en décadence et qu'il faut s'en débarrasser au plus vite en établissant le règne d'un islam pur. Les islamistes attirent par leur discours tous les « dégoûtés » de notre société, qu'ils viennent d'Occident ou d'autres pays musulmans car ils leur donnent des possibilités de vengeance contre ce monde « pourri » et l'illusion d'un monde « pur » pour demain. Certain réfugiés chrétiens nous ont indiqué que les combattants qui les ont chassés de chez eux n'étaient pas Irakiens.
erbil3Les chrétiens persécutés d'Irak font les frais de cette situation qui les dépasse complètement et pour lesquels ils sont totalement étrangers. Un désir de vengeance de leur part serait tout à fait compréhensible mais ce qui frappe avant tout, c'est l'absence de haine contre leurs bourreaux. Ils considèrent que l'essentiel leur a été laissé, à savoir leur foi qu'aucun n'a reniée. Leur destin est finalement le même que celui de Jésus qui, dès sa naissance fut rejeté et dut naitre dans une mangeoire car « il n'y avait plus de place pour lui dans la salle commune ».
Il est important de réaliser la proximité de ces chrétiens avec l'histoire sainte qui nous relate tant de drames, d'exils, de guerres, de mépris, etc. et Dieu qui se révèle au milieu de tout cela !

L'Irak, c'est d'abord Ur en Chaldée, la terre d'Abraham. C'est aussi la plaine de Ninive où se trouve Mossoul où vécut le prophète Jonas. C'est le royaume de Babylone où fut exilé le peuple juif. La langue des chrétiens d'Irak est l'araméen, la langue du Christ. Les chrétiens d'Irak appartiennent à des Eglises dont la tradition est très ancienne. Les deux principales sont l'Eglise catholique chaldéenne et l'Eglise catholique syriaque qui, toutes les deux, sont rattachées à Rome et au Pape. La liturgie de ces Eglises n'est pas la même que celle de l'Eglise catholique romaine et est probablement plus proche de celle des premiers chrétiens. La fuite de ces chrétiens hors d'Irak entrainerait inévitablement la disparition de cette tradition des premiers temps de l'Eglise, de la langue du Christ et d'un patrimoine religieux et culturel inestimable. Un prêtre irakien nous rappelle cependant que le plus important n'est pas la langue du Christ mais la vie des personnes !
erbil4En cette fête de l'immaculée Conception et à l'approche de Noël, notre voyage était un véritable pèlerinage pour aller visiter le corps souffrant du Christ dans cette terre biblique. Quelle richesse de pouvoir célébrer avec eux l'Espérance qui nous unit et de partager la même foi ! Quelle surprise de voir tous ces chrétiens sortir par milliers pour la procession aux flambeaux pour supplier Marie de veiller sur l'Irak comme elle veille sur Lyon ! Quelle communion de pouvoir prier ensemble au-delà de la barrière de la langue ! Quelle émotion lorsque, avant notre départ, la Fondation Fourvière a offert une copie de la statue dorée de Marie qui veille sur Lyon depuis le sommet de la basilique de Fourvière.
Procession aux flambeaux pour prier Marie de protéger l'Irak
Ce pèlerinage en terre de persécution, devenue aussi terre de martyrs, fut aussi l'occasion pour moi de porter un regard extérieur sur notre monde occidental vu depuis le Moyen-Orient. Si l'Islamisme est incontestablement une perversion de l'Islam, que peut-on dire de nos pays occidentaux ? Les droits de l'homme et la pensée chrétienne qui les a inspirés y ont été pervertit en « droit de l'hommisme » visant à donner aux hommes tous les droits et les affranchir de tous leurs devoirs et de tout effort. L'individualisme hédoniste plonge nos sociétés occidentales dans une indifférence quasi générale. L'éloignement de toute vérité transcendante a cédé la place au relativisme. Tout se vaut, tout est permis ! N'avons-nous pas, nous, occidentaux, créé un terreau fertile pour que grandisse aujourd'hui des fondamentalismes en réaction à nos excès ? Quelles responsabilités avons-nous et que faisons-nous, nous autres chrétiens ? En vérité, nous avons oublié nos martyrs qui ont versé leur sang naguère, comme les chrétiens d'Orient aujourd'hui, pour affirmer la transcendance du Dieu de Jésus-Christ et que tout ne se vaut pas ! Aurions-nous le courage nous aussi aujourd'hui de donner notre vie pour cela ?

 

 

Pascal Lefebvre-Albaret
Diacre de la paroisse St Christophe de Neuville sur Saône.