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Accueil Archives Toutes les actus Canonisation Louis et Zélie Martin 18 oct 2015

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Article paru dans La Croix

 

louis_et_ZelieLouis Martin (1823-1894) et Zélie Martin (1831-1877)

Seront canonisés le 18 octobre 2015.

APPEL UNIVERSEL À LA SAINTETÉ

« Plus que celle des époux Martin, c'est aussi la canonisation du mariage qui répond à l'appel universel à la sainteté énoncé par Vatican II. Chacun, à travers cette canonisation, peut être renvoyé à sa propre vocation et canonisation », a confié Mgr Habert.

Prenant le contre-pied de ceux qui considèrent que la canonisation de Louis et Zélie Martin est due à la popularité de leur fille, Mgr Boulanger a, lui, assuré que « Thérèse n'aurait jamais dit : "Aimer c'est tout donner et se donner soi-même" si elle ne l'avait pas vu vivre par ses parents ». Au contraire, « la sainteté des parents rayonne sur les enfants » a-t-il estimé (le procès en béatification de Léonie, sœur de Thérèse, a été ouvert en janvier 2015).

« LA SAINTETÉ, CE N'EST PAS LA PERFECTION »

Avec cette canonisation, les évêques espèrent que de nombreux couples s'identifieront aux futurs saints. « Lui avait 35 ans, elle 28 quand ils se sont mariés », a noté Mgr Boulanger, soulignant aussi que Zélie, à la tête d'une petite entreprise d'Alençon, « a réussi à concilier vie professionnelle et vie de famille ».

Pour l'évêque de Bayeux et Lisieux, les épreuves traversées par le couple rejoignent de nombreux problèmes contemporains : le cancer du sein de Zélie, la maladie de Louis (qui a passé les trois dernières années de sa vie en hôpital psychiatrique) et la souffrance de voir « la pauvre Léonie » (comme ils l'appelaient) avoir du mal à se faire sa place dans la famille. « Cela n'a pas empêché une véritable harmonie et une communion spirituelle. La sainteté, ce n'est pas la perfection », insiste Mgr Boulanger.

«C 'est d'abord l'histoire d'un couple. Un couple d'une réelle modernité. » « Bien que le monde ait changé, leurs bonheurs et leurs malheurs nous rejoignent. Ils deviennent nos amis, nos parents… La proximité que nous vivions déjà avec sainte Thérèse nous fait entrer dans celle de sa famille. »

Si le couple alençonnais suscite une dévotion croissante, c'est sans nul doute en raison de l'abondante correspondance familiale, surtout celle laissée par Zélie. Des lettres qui laissent penser que « Thérèse est bien la fille de ses parents », comme le résume joliment le P. Olivier Ruffray, vicaire épiscopal du diocèse de Bayeux-Lisieux. « Celle-ci a su glaner, dans la joie comme dans la douleur, tout ce dont elle avait besoin pour pouvoir vivre et grandir dans cet amour qui unissait ses parents », souligne-t-il.

Certes, Thérèse les a incontestablement mis en valeur - surtout son père, car elle a peu connu sa mère, morte quand elle-même avait 4 ans et demi -, mais ils ne doivent pas pour autant leur sainteté à leur fille. Loin de là. En fait, « ce serait même plutôt l'inverse », assure Mgr Lagoutte, pour qui « c'est le milieu familial qui a été porteur ».

Étonnante fécondité d'une famille de la petite bourgeoisie provinciale, comme il y en avait tant dans la France du XIXe siècle. Louis Martin naît à Bordeaux en 1823. Enfant de troupe, il mène d'abord une jeunesse itinérante, avant que ses parents ne se fixent dans l'Orne, à Alençon. Renonçant à une vocation religieuse, il décide en 1850 d'y ouvrir une bijouterie-horlogerie.

Louis partage son temps entre son métier et ses loisirs (pêche, billard, voyage…). Il lui arrive même de « boursicoter », note Mgr Lagoutte : « En ces temps de crise, je conseille aux financiers de prier Louis Martin pour les aider à faire face ! », plaisante-t il. Louis mène par ailleurs une vie spirituelle fervente, nourrie d'engagements sociaux concrets, notamment au sein des Conférences Saint-Vincent-de-Paul.

UN AMOUR SOLIDE ET DURABLE
Un jour, sa mère, qui s'inquiète de le voir encore célibataire, lui parle de Zélie Guérin. Les clichés d'époque laissent apparaître une jeune femme au teint diaphane, dont le doux sourire empreint de mystère n'est pas sans évoquer celui qu'immortalisera plus tard la plus illustre de ses filles. Hasard ou providence ? Zélie a elle aussi abandonné l'idée de devenir religieuse et tient désormais une boutique de dentelles. Les deux artisans se rencontrent pour la première fois en avril 1858. Ils se marient quelques mois plus tard, le 13 juillet.

Zélie a 27 ans. C'est le début d'un amour solide et durable, malgré la maladie et la mort. De 1860 à 1873, sur neuf naissances, quatre de leurs enfants mourront en bas âge. Et dès 1865, Zélie doit lutter contre un cancer du sein qui l'emportera douze ans plus tard, à 46 ans. Veuf très tôt, Louis rejoindra alors Lisieux pour se rapprocher de sa belle-famille et se consacrer à l'éducation de ses cinq filles. Lui-même atteint d'une pathologie cérébrale, il finira interné à l'hôpital psychiatrique. La dureté de sa fin de vie pèsera beaucoup sur les siens.

« Leur vie commune ne dura que dix-neuf ans, relèvent Alice et Henri Quantin, auteurs d'une biographie des époux Martin (1). C'est assez pour se sanctifier l'un par l'autre, mais cela interdit de réduire leur existence à cette période. » Au fond, qu'est-ce qui, dans l'expérience du couple, justifie leur béatification ? Pour Guy Fournier, l'exemplarité des époux Martin tient en un mot : l'unité. « Cette unité, ils ont su la bâtir entre leur vie spirituelle, familiale et sociale. En cela, ils peuvent éclairer les familles d'aujourd'ui, à l'heure où nous avons tendance à fractionner nos vies. » Leur ciment, ce fut donc cette foi, indéfectible et contagieuse, dont Thérèse parlera souvent dans ses écrits : « Le bon Dieu m'a donné un père et une mère plus dignes du Ciel que de la terre. »

« CE SONT DES CHRÉTIENS DE LA VIE ORDINAIRE »
Dans ses lettres, Zélie, qui trouvait bien « triste une maison sans religion », ne dément pas cette réputation. Chaque jour, les époux se rendent à la messe aux aurores. Louis pratique l'adoration nocturne. On prie en famille. Cette ferveur n'est jamais déconnectée d'une attention constante aux autres - domestiques, voisins ou connaissances -, elle en est même la source. « Quand Papa avait communié, il restait silencieux sur le chemin du retour, raconte Céline Martin. "Je continue de m'entretenir avec Notre Seigneur", nous disait-il. » Et, malgré les deuils successifs, les parents s'efforceront toujours de « remettre toutes choses » entre les mains de Dieu, et « d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté », écrit encore Zélie.

Pour autant, insiste Mgr Guy Gaucher, ancien évêque auxiliaire de Bayeux et Lisieux, « ce n'était pas un foyer sinistre ! ». Pour couper court aux clichés, ce carme, spécialiste thérésien, évoque la chaleur des veillées familiales, les sorties et les promenades… Le bonheur, en somme. Certes, note-t-il, Louis et Zélie ont eu leur lot d'« épreuves ». Mais « ils les ont traversées avec un courage, une foi, une espérance et un esprit missionnaire ». Au fond, « ce sont des chrétiens de la vie ordinaire », se plaît-il à répéter.

« Des saints de l'escalier », renchérissent les époux Quantin dans leur ouvrage, en contre-pied à l'image d'« ascenseur pour le ciel » popularisée par Thérèse. « Zélie et Louis n'ont donc été ni rose bonbon, ni noir mouroir, ni "étonnamment modernes", ni "graves ringards", ni anges vaporeux, ni démons dangereux. Ils ont aimé, voilà tout. Ils ont aimé comme Thérèse l'a défini et vécu : en donnant tout et en se donnant eux-mêmes. »

François-Xavier MAIGRE

(1) Zélie et Louis Martin, les saints de l'escalier, d'Alice et Henri Quantin, Cerf, 156 p., 16 euros.
À lire également :
- Louis et Zélie Martin, les saints de l'ordinaire, d'Hélène Mongin, Éd. de l'Emmanuel, 181 p., 16 euros.
- Correspondance familiale (1863 - 1885) de Louis Martin et Zélie Martin, Cerf, 418 p., 31,50 euros.